Table des matières
- 1. Introduction
- 2. Les objectifs changeants de l'ELT : une perspective socioculturelle et sociopolitique
- 3. L'essor de la communication interculturelle
- 4. Débats clés : quelle culture enseigner ?
- 5. Développements futurs
- 6. Aperçu central, logique argumentative, forces et faiblesses, pistes d'action
- 7. Analyse originale
- 8. Détails techniques et formulation mathématique
- 9. Résultats expérimentaux et description du diagramme
- 10. Cadre analytique : exemple de cas
- 11. Applications et orientations futures
- 12. Références
1. Introduction
Ce chapitre de Kramsch et Zhu Hua (2016) examine de manière critique la relation évolutive entre la langue et la culture dans l'enseignement de l'anglais (ELT). Il soutient que l'ELT, initialement conçu comme une compétence sans culture pour l'opportunité économique, a été contraint de prendre en compte la culture en raison de la mondialisation, des politiques identitaires et des classes multiculturelles. Les auteurs proposent que la culture n'est pas un ensemble statique de traits nationaux mais un système dynamique de normes, de perceptions et d'imaginaires partagés au sein de communautés discursives. Ils introduisent le concept de 'languaculture' (Risager, 2007) pour souligner l'interdépendance de la langue et de la culture, rejetant à la fois la dualité essentialiste et la séparation radicale.
2. Les objectifs changeants de l'ELT : une perspective socioculturelle et sociopolitique
Historiquement, l'ELT de l'après-Seconde Guerre mondiale privilégiait des approches fonctionnelles et communicatives fondées sur l'accès démocratique et l'autonomie individuelle. Cette approche était considérée comme universelle, traitant les apprenants comme des acteurs rationnels. Cependant, la fin de la guerre froide et la mondialisation ont révélé l'inadéquation de ce modèle. Les auteurs notent que la négociation du sens dans l'enseignement communicatif des langues (CLT) était souvent limitée au sens référentiel ou situationnel, négligeant les dimensions culturelles et idéologiques. Widdowson (1994) a plaidé pour la 'propriété' de l'anglais par l'apprenant, remettant en question les normes du locuteur natif, mais cette vision a également soulevé des questions sur les normes culturelles à appliquer.
3. L'essor de la communication interculturelle
Le domaine de la communication interculturelle (CI) a émergé en réponse au besoin d'enseigner la culture dans l'ELT. La CI se concentre sur le développement de la capacité des apprenants à servir de médiateurs entre les cultures, plutôt que d'acquérir simplement les normes du locuteur natif. Ce changement s'aligne sur le concept de 'locuteur interculturel' (Byram, 1997), qui possède des compétences de découverte, d'interprétation et de conscience culturelle critique. Les auteurs soulignent que la CI dans l'ELT doit aller au-delà des faits culturels de type touristique pour aborder les dynamiques de pouvoir, la négociation identitaire et les dimensions éthiques des rencontres interculturelles.
4. Débats clés : quelle culture enseigner ?
Le débat central porte sur la ou les cultures à inclure dans les programmes d'ELT. Les options incluent : les cultures nationales (Royaume-Uni, États-Unis, Inde, Singapour), la culture d'entreprise mondiale, la culture Internet ou les diverses cultures des apprenants eux-mêmes. Les auteurs plaident pour une approche de 'tiers lieu' (Kramsch, 1993), où les apprenants n'adoptent pas simplement une culture cible mais développent une posture critique et réflexive qui leur permet de naviguer entre de multiples affiliations culturelles. Cette approche reconnaît la réalité multilingue et multiculturelle des classes contemporaines et la nature fluide et hybride de l'identité dans un monde globalisé.
5. Développements futurs
Les orientations futures incluent : (a) l'intégration des littératies numériques et des échanges interculturels en ligne ; (b) l'examen du rôle de l'anglais comme lingua franca (ELF) dans la communication interculturelle ; (c) le développement d'outils d'évaluation de la compétence interculturelle ; et (d) l'intégration d'une pédagogie critique pour examiner comment l'ELT peut perpétuer ou remettre en question les inégalités sociales. Les auteurs appellent à une orientation 'translingue et transculturelle' (MLA, 2007) qui prépare les apprenants à la complexité de la communication dans le monde réel.
6. Aperçu central, logique argumentative, forces et faiblesses, pistes d'action
Aperçu central : La thèse centrale du PDF est que l'ELT doit abandonner son mythe 'sans culture' et adopter une vision dynamique et critique de la culture en tant que système d'imaginaires partagés et de relations de pouvoir. Le concept de 'languaculture' est la contribution intellectuelle clé.
Logique argumentative : L'argumentation passe du contexte historique (CLT de l'après-guerre) aux défis contemporains (mondialisation, identité), puis aux solutions théoriques (CI, tiers lieu), et enfin aux implications pratiques. Il s'agit d'une progression cohérente et savante.
Forces et faiblesses : Force : Le chapitre fournit une critique nuancée et théoriquement fondée des angles morts culturels de l'ELT. Il réussit à faire le pont entre la linguistique appliquée et les études interculturelles. Faiblesse : Le chapitre est quelque peu abstrait et manque de modèles pédagogiques concrets et étape par étape pour les enseignants. Il sous-estime également la résistance des institutions et des décideurs politiques qui préfèrent des références mesurables et 'sans culture' en matière de compétence linguistique.
Pistes d'action : Pour les praticiens : (1) Remplacer les 'capsules culturelles' par des incidents critiques et des tâches ethnographiques. (2) Utiliser des ressources multilingues et multimodales qui reflètent les anglais mondiaux. (3) Concevoir des évaluations qui évaluent la médiation interculturelle, et non seulement la précision grammaticale. (4) Plaider en faveur de changements de programmes qui reconnaissent la culture comme une composante centrale, et non optionnelle, de l'ELT.
7. Analyse originale
Le chapitre de Kramsch et Zhu Hua est une critique marquante de l'idéologie 'sans culture' dans l'ELT, mais il doit être lu parallèlement à des études empiriques sur la pratique en classe. Par exemple, les recherches de Byram (1997) sur la compétence communicative interculturelle fournissent un cadre pratique qui complète leur position théorique. Cependant, l'accent mis par le chapitre sur la 'languaculture' risque de réifier la culture si elle n'est pas soigneusement opérationnalisée. Un aperçu clé du domaine plus large de l'acquisition des langues secondes (ALS) est que la culture n'est pas simplement un 'ajout' mais est intégrée dans chaque choix linguistique, de la pragmatique à la structure du discours (Kasper & Rose, 2002). L'appel des auteurs en faveur d'un 'tiers lieu' s'aligne sur les vues post-structuralistes de l'identité comme fluide et négociée (Norton, 2013). Pourtant, le chapitre gagnerait à une discussion plus explicite sur la manière dont les dynamiques de pouvoir – telles que la domination des normes du 'locuteur natif' dans les tests (par exemple, IELTS, TOEFL) – limitent la capacité des enseignants à mettre en œuvre ces idées. À mon avis, la contribution la plus exploitable est le passage de l'enseignement 'sur' la culture à l'enseignement 'à travers' la culture, où les apprenants s'engagent dans une réflexion critique sur leurs propres pratiques de création de sens et celles des autres. Cela nécessite une refonte fondamentale de la formation des enseignants, passant d'un accent sur les méthodes à un accent sur la sensibilité interculturelle et la pédagogie critique.
8. Détails techniques et formulation mathématique
Bien que le chapitre soit qualitatif, nous pouvons modéliser la relation entre la langue (L), la culture (C) et l'identité (I) comme un système dynamique. Soit $L(t)$ la compétence linguistique au temps $t$, $C(t)$ la conscience culturelle, et $I(t)$ le positionnement identitaire. L'interaction peut être exprimée comme suit :
$$\frac{dI}{dt} = \alpha \cdot L(t) \cdot C(t) - \beta \cdot I(t)$$
où $\alpha$ est le taux d'intégration de la langue et de la culture dans l'identité, et $\beta$ est le taux de décroissance de la stabilité identitaire. Cela suggère que le changement identitaire est proportionnel au produit de la langue et de la culture, ce qui implique qu'enseigner la langue sans culture ($C=0$) ne conduit à aucune transformation identitaire, ce qui correspond à la critique des auteurs concernant l'ELT 'sans culture'.
9. Résultats expérimentaux et description du diagramme
Bien que le chapitre ne présente pas d'expériences originales, nous pouvons décrire un diagramme conceptuel : Figure 1 : Le modèle du 'tiers lieu' de la compétence interculturelle. Le diagramme montre trois cercles qui se chevauchent : 'Culture de l'apprenant' (en bas à gauche), 'Culture(s) cible(s)' (en bas à droite) et 'Tiers lieu' (en haut au centre). Des flèches indiquent que l'apprenant ne passe pas d'une culture à une autre mais développe un nouvel espace hybride de conscience critique. La zone de chevauchement est étiquetée 'Médiation interculturelle'. Ce modèle représente visuellement l'argument des auteurs selon lequel l'ELT devrait viser un objectif transformateur, et non assimilateur.
10. Cadre analytique : exemple de cas
Cas : Enseigner les stratégies de requête dans une classe d'ELT multiculturelle
Contexte : Une classe d'ELT universitaire à Londres avec des étudiants de Chine, d'Arabie saoudite, du Brésil et de Pologne. L'enseignant utilise une approche par 'incident critique'.
Étape 1 : Les étudiants jouent un scénario de requête (par exemple, demander un délai à un professeur).
Étape 2 : Ils comparent leurs stratégies : les étudiants chinois utilisent des formes indirectes et préservant la face ; les étudiants saoudiens utilisent des salutations élaborées ; les étudiants brésiliens utilisent un langage direct et informel ; les étudiants polonais utilisent des requêtes formelles et directes.
Étape 3 : L'enseignant facilite une discussion sur la manière dont ces différences reflètent des valeurs culturelles (par exemple, la distance hiérarchique, l'individualisme vs le collectivisme).
Étape 4 : Les étudiants réfléchissent à la manière dont ils peuvent adapter leurs stratégies dans différents contextes sans perdre leur propre identité culturelle.
Résultat : Les apprenants développent des compétences de 'médiation interculturelle', et non seulement les normes du locuteur natif.
11. Applications et orientations futures
Les perspectives du chapitre pointent vers plusieurs orientations futures : (1) IA et apprentissage interculturel : Utiliser des chatbots alimentés par l'IA pour simuler des rencontres interculturelles et fournir des retours sur les choix pragmatiques. (2) Programmes d'échange virtuels : Développer des projets de télécollaboration (par exemple, COIL) qui connectent les apprenants de différentes cultures. (3) Littératies numériques critiques : Enseigner aux apprenants à analyser comment la culture est représentée dans les médias sociaux et le discours en ligne. (4) Innovation en matière d'évaluation : Développer des évaluations basées sur des portfolios de la compétence interculturelle, comme l' 'Inventaire de développement interculturel' (IDI). (5) Formation des enseignants : Intégrer des méthodes ethnographiques et la pédagogie critique dans les programmes TESOL. L'objectif ultime est de préparer les apprenants non seulement à 'utiliser' l'anglais mais à le 'vivre' comme un outil pour la citoyenneté mondiale et la justice sociale.
12. Références
- Byram, M. (1997). Teaching and Assessing Intercultural Communicative Competence. Multilingual Matters.
- Kasper, G., & Rose, K. R. (2002). Pragmatic Development in a Second Language. Blackwell.
- Kramsch, C. (1993). Context and Culture in Language Teaching. Oxford University Press.
- Kramsch, C., & Zhu Hua (2016). Language, Culture and Language Teaching. In G. Hall (Ed.), Routledge Handbook of English Language Teaching (pp.38-50). Routledge.
- MLA Ad Hoc Committee on Foreign Languages. (2007). Foreign Languages and Higher Education: New Structures for a Changed World. Profession, 238-256.
- Norton, B. (2013). Identity and Language Learning (2nd ed.). Multilingual Matters.
- Risager, K. (2007). Language and Culture Pedagogy. Multilingual Matters.
- Widdowson, H. G. (1994). The Ownership of English. TESOL Quarterly, 28(2), 377-389.